Des psys pour bébés

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Une clinique française innove en mettant sur pied au sein de sa maternité une unité psychiatrique destinée aux bébés de 0 à 1 an. Car les tout-petits aussi peuvent souffrir de dépression

Ils présentent des troubles du sommeil, refusent de s’alimenter. A peine ont-ils poussé leur premier cri que certains bébés dépriment déjà! En France, la Clinique Montplaisir de Lyon a mis sur pied une unité unique en son genre destinée spécifiquement à la prise en charge psychologique des nourrissons de 0 à 1 an. Installée au sein de la Maternité, elle accueille des enfants en souffrance et des mères désemparées, souvent à bout de nerfs.

Car, si ces dernières sont exposées à la dépression post-partum, les bébés aussi vivent parfois très mal les premiers mois de leur vie. A Lyon, mamans et enfants sont observés, encadrés, accompagnés plusieurs jours par semaine par un groupe de spécialistes. La prise en charge des petits patients et de leur mère dure entre un et six mois, avec un suivi durant deux ans par une structure spécialisée pluridisciplinaire comprenant des puéricultrices, des infirmières, des sages-femmes, des psychomotriciennes, mais aussi des psychiatres et des psychologues. Des professionnels qui ont l’occasion d’analyser le comportement de ces enfants avec leur mère, ainsi qu’en son absence.

Un réel besoin
Etonnante, l’idée d’une unité psychiatrique pour bébés est loin d’être saugrenue. Elle répond à un réel besoin. En effet, dans certaines situations, les spécialistes n’hésitent pas à parler de dépression du nouveau-né. «C’est vrai, confirme le pédopsychiatre genevois Bertrand Cramer, pionnier de la thérapie mère-bébé en Suisse. Cependant, le diagnostic reste difficile à faire. Contrairement aux adultes, chez le nourrisson la dépression se caractérise plus par de l’atonie que par de la tristesse ou un sentiment d’indignité.»

La dépression du nouveau-né est une réalité décrite par les psychiatres dès les années 1940: l’état d’un bébé privé de sa mère et de l’attention nécessaire se dégrade en l’espace de quelques semaines. L’enfant proteste, crie, puis devient très vite apathique, indifférent à toute activité, il présente des retards dans l’acquisition du langage, et développe même une plus grande sensibilité aux maladies infectieuses.

Sans aller jusqu’aux situations d’abandon les plus dramatiques, il arrive aussi que des enfants dont la mère est présente aillent mal. «Un bébé tout seul n’existe pas, rappelle Bertrand Cramer. Si la maman déprime, s’il y a de gros problèmes à la maison, une maladie, un décès… tout cela peut avoir un impact sur le bébé. Il est alors nécessaire d’évaluer le lien entre la mère et l’enfant afin de voir dans quelle mesure cette relation est basée sur l’attachement réciproque, dans quelle mesure l’intensité de cette relation est cohérente ou s’il y a des hauts et des bas.» Car, s’il se peut qu’une prédisposition génétique soit à l’origine de la dépression du nourrisson, le déficit de la relation mère-enfant en est la cause la plus fréquente.

En Suisse aussi

D’ailleurs en Suisse, le problème est loin d’être négligé. Les psys travaillent en lien avec les maternités des hôpitaux, avec les consultations de quartier, avec les pédiatres pour détecter les situations problématiques. Mais, pour l’heure, aucune unité psychiatrique spécialisée n’a pris ses quartiers au sein d’une maternité, comme à Lyon. Une initiative originale que salue d’ailleurs Bertrand Cramer: «C’est une très bonne idée, car c’est là que les sages-femmes et les médecins voient comment les mères tiennent le coup après une naissance. La maternité permet aussi d’éviter la stigmatisation que peut représenter, pour la maman, le fait de se rendre dans un service de psychiatrie. Et puis ce système a l’avantage de permettre, dans la mesure du possible, une détection et une prise en charge précoce des troubles de la dépression.»

Geneviève Comby – le 07 février 2009, 20h26

Le Matin Dimanche

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