Jusqu’en 1972, les femmes n’avaient pas le droit de courir le marathon de Boston

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Je suis tombé sur cette photo en trainant sur Tumblr. Il n’y avait pas de légende et je me demandais pourquoi une femme qui semble courir un marathon se faisait rattraper par un homme en costume comme si elle venait de voler des pommes à l’épicerie du coin. Mais qui est donc cette femme ? Pourquoi ce mec tente l’arrêter ? Qu’a-t-elle fait de mal ?

Quelques clics plus tard, j’apprends que le cliché a été pris lors du marathon de Boston de 1967 et que si Kathrine Switzer se fait bousculer, c’est parce qu’en 1967, une femme n’a pas le droit de participer au marathon !

What the fuck ?

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Le marathon de Boston, créé en 1897, est une des plus vieilles épreuves sportives faite par et pour des hommes et certainement pas pour une « faible femme ». Pour dénoncer cette inégalité, Kathrine Switzer s’est inscrite avec un pseudo, a obtenu le dossard n°261 et a pris le départ dans l’espoir que son geste ne passe pas inaperçu. Bingo ! Le cliché de l’altercation restera comme un doigt d’honneur à la société masculiniste des années 60. Tu m’entends Don Draper ?

Au fil de mes recherches, je me rends compte que cette histoire en cache une autre et que ce cliché n’aurait pas existé sans l’incroyable exploit de Bobbi Gibb.

On part en 1964. Roberta Bobbi Gibb a un rêve: participer au prestigieux marathon de Boston pour relever le challenge sportif et physique. Problème : Bobbi est une femme et jamais une femme n’a couru le marathon. Elle n’a aucun entrainement et ne sait même pas par où commencer pour tenter de parcourir les fameux 42 kilomètres. Elle démarre en courant de courtes distances qu’elle rallonge au fur et à mesure, chaussée de ses chaussures d’infirmière car les fabricants de chaussures de sports n’ont pas encore eu l’idée de créer de modèle féminin. Après 2 ans d’acharnement d’un entrainement intensif, elle est capable de courir une soixantaine de kilomètres d’une traite.

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En février 1966, elle écrit au Boston Athletic Association pour participer au marathon. Malheureusement, elle reçoit une réponse négative du directeur de l’épreuve parce l’épreuve sportive est réservée uniquement aux hommes et il ne veut pas prendre la responsabilité de mettre en danger la vie de Bobbi car, selon eux (ils savent de quoi ils parlent ce sont des hommes !), une femme n’est physiquement pas capable de courir une telle distance !

Bobbi a le seum mais elle est déterminée : personne ne se mettra sur la route de son marathon. Le jour J, elle emprunte à son frère un bermuda, un t-shirt et une paire de sneakers trop grandes et elle prend clandestinement le départ du marathon de Boston de 1966, en dissimulant son genre sous un sweat à capuche.

Son rêve se réalise : ses pieds foulent le légendaire parcours du marathon de Boston. Sauf que très vite, Bobbi crève de chaud sous son hoodie et cette chaleur la gène et la fatigue petit à petit. Elle ne peut pas l’enlever car la vérité éclaterait et ce serait la fin de son projet démarré 2 ans plus tôt.

Le subterfuge ne tient pas longtemps. Les autres compétiteurs s’aperçoivent rapidement que ce coureur à capuche n’est pas un homme. Pourtant aucun d’eux n’essayent de stopper Bobbi Gibb. Mieux, ils la soutiennent et lui promettent qu’ils feront tout pour qu’elle puisse terminer sa course.

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Se sentant en confiance, elle finit par enlever son pull à capuche dévoilant ainsi son secret à la foule de spectateurs massé le long du parcours. La réaction du public est immédiate : chacun de ses passages est accompagné d’encouragement des hommes mais particulièrement des femmes

C’est à ce moment là que Bobbi prend conscience de l’enjeu de son geste. Sa condition féminine pour seul dossard, elle court pour une cause qui la dépasse. Si elle abandonne, ce ne sera pas seulement une défaite personnelle, cela donnera raison à tous ces abrutis de la Boston Athletic Association qui pensent qu’une femme n’est pas capable de courir 42 kilomètres.

Pas question de se louper. Bobbi tempère son rythme pour conserver de l’énergie. Elle termine son marathon, les pieds complétement cloqués mais dans le premier tiers des participants ! Malgré tout, elle est déçue car elle sait qu’elle aurait pu faire mieux si elle avait eu des chaussures à sa taille et si elle avait couru sans la peur au ventre.

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Pas grave, elle recommence l’année suivante, en 1967. L’exploit de la première femme à avoir couru le Marathon de Boston a ouvert les esprits et aussi suscité des vocations. A la grande surprise de Bobbi, d’autres femmes prennent le départ de la course. Dont la courageuse Kathrine Switzer qui réussit à courir avec un dossard sous le nez des organisateurs. Après ce geste politique immortalisé par le cliché qui fera le tour du monde, Kathrine n’aura de cesse de demander au Boston Athletic Association de laisser les femmes participer à la course.

Ce sera chose faite en 1972, soit 5 ans après le coup du dossard de Kathrine Switzer. Girl Power ! Et n’oubliez pas « Don’t let anyone tell you that you can’t do something. »

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