« Sleepless in New-York », un docu au plus prés des coeurs-brisés

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Dans « Sleepless in New-York », Christian Frei suit le quotidien de Alley, Michael, et Rosey, trois new-yorkais fraîchement largués, qui ont répondu à sa petite annonce.

C’est assez rare pour être souligné : le réalisateur s’intéresse au rejet amoureux tel qu’il est vécu en temps réel, pas a posteriori : les insomnies de Alley, le « téléphone portable inerte » de Michael ou le souvenir du premier baiser de Rosey devant l’aquarium aux requins.

Christian Frei filme leur douleur de manière brute, avec un peu de retenue, mais sans distance ni excès de pudeur, et sans théâtralisation possible. Nous sommes dans les premières phases du processus de deuil, celles où l’on est le plus vulnérable et où on ne peut pas tricher. La colère, la jalousie, le désir de vengeance, beaucoup plus romantiques et télégéniques, si elles viendront sans doute plus tard chez les témoins, ne sont pas là le sujet.

NOTRE AVIS : Mais ça va pas? Qui peut avoir envie de regarder un truc pareil ?? C’est vrai qu’il faut avoir le coeur bien accroché pour cliquer sur play, car au travers de Alley, Michael et Rosey, on est immédiatement renvoyé à nos propres déceptions amoureuses : quand le manque de l’autre est tellement fort qu’il imprègne tout autour de soi, du mobilier aux ustensiles de cuisine. Et tout à l’intérieur de soi, les souvenirs, le questionnement sur le présent de l’autre, et l’impossibilité de se projeter dans le futur sans lui. Mais attendez ne partez pas ! Déjà, il n’est pas impossible que ce docu produise chez les déprimés de l’amour un effet cathartique… que ça les aide à exorciser quoi ! Et puis le docu est une passerelle entre le rejeté et son entourage. Même si on a déjà vécu une rupture amoureuse, son souvenir peut être lointain ou enfui : en permettant de s’appuyer sur l’expérience de tiers, Sleepless In New York permet de faire preuve de plus d’empathie.

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Au-delà des aspects immanquablement douloureux, on apprend aussi plein de choses sur ce qui se passe dans notre cerveau durant les premiers temps de l’après-rupture. En effet, en parallèle des témoignages des coeurs-brisés filmés par Christian Frei, l’anthropologue Helen Fisher termine avec eux une série d’expérimentations scientifiques sur les mécanismes chimiques qu’entraîne la déception amoureuse. On voit donc nos rejetés passer des IRM, pour observer les zones d’activité du cerveau selon qu’on leur projette des photos de leur ex ou des photos d’un pote. Et là Helen Fisher fait une découverte intéressante :

| spoiler alert | les zones du cerveau sollicitées sont celles de la dépendance, comme pour l’addiction à une drogue, mais également les zones qui produisent la dopamine qui crée le sentiment amoureux ! En clair | spoiler alert maintenue |, lorsque celui qu’on aime nous quitte, non seulement on continue de l’aimer, mais on l’aime encore plus ! « Si le système dopamine est insatisfait, il redouble d’effort et l’amour s’intensifie » expliquer Helen Fischer, et « j’ai créé un terme pour cela, c’est l’attraction par frustration ». Avant de concéder, ce qui est plutôt sport pour une anthropologue : « Je trouve que sur ce point la nature en a fait un peu trop.. ».| spoiler alert levée |

« l’Amour personne n’en réchappe, ou en sort indemne »

Outre nous expliquer sans craindre de nous désespérer les implications chimiques d’une rupture, « Sleepless in New-York » nous fait également comprendre que c’est pas la peine d’essayer d’y couper : « l’amour personne n’en réchappe, ou en sort indemne ». Tout en précisant quand même, de manière assez énigmatique d’ailleurs : « à moins de ne pas jouer le jeu ». Ne pas se laisser prendre au jeu de l’amour, la voilà la solution. Pour nous les déprimés c’est trop tard, mais pour les autres vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas. Au fait, si le docu vous intéresse ne tergiversez pas et regardez-le vite, car il n’est disponible en replay sur arte que jusqu’au 27 novembre à 22h !

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